Le Coût de la Perfection: Affaires de Corps et d’Identités
Notre image corporelle est souvent sujet tabou dans le monde des affaires. Pourtant, nombres d’entre nous travaillent au sein d’entreprises étroitement liées à notre corps et image, depuis le secteur de la beauté et de la mode au bien-être et fitness. Des entreprises qui parviennent à façonner plus que jamais des standards de beauté et idéaux esthétiques dont elles font souvent commerce.
Ainsi, de nombreux hommes et femmes d’affaires, influenceurs et célébrités, sont parvenus à transformer nos corps en véritables mines d’or, corps désormais assujettis à la performance financière de grands empires commerciaux.
Même si nous ne parlons pas explicitement de notre corps, nous l’utilisons bien souvent, si bien consciemment qu’inconsciemment, comme profil identitaire et objet de performance et de compétition. Nous sommes en effet nombreux à associer la beauté corporelle au succès. Il est en effet indéniable que de nombreuses célébrités, top modèles, et même chefs d’entreprises et professionnels à grand succès exhibent un corps modelé à la perfection suivant les impératifs de beauté en vigueur : mince et musclé. Mais la relation cause à effet n’est pas claire : est-ce qu’un physique mince, musclé et élancé favorise notre succès professionnel, ou sommes-nous contraints à modeler notre image corporelle afin d’obtenir les fruits de sa labeur?
A première vue, investir en son capital « beauté» semble être une stratégie gagnante pour réussir au travail. Les cadres exécutifs dont l'Indice de Masse Corporelle (IMC) est inférieur à 25 (masse corporelle « normale » ou « inferieure à la normale ») ont tendance à être perçus plus compétents et performants. Ce phénomène est connu sous le nom de « prime de beauté » (ou « beauty premium »), selon lequel l’apparence physique peut impacter positivement ou négativement l’ensemble de notre carrière. D’après de nombreuses recherches, les personnes dont le physique est conforme aux « impératifs de beauté » semblent en effet grimper davantage dans la hiérarchie et seraient mieux payés.
Volonté d'embauche et attractivité. Ces graphiques représente la corrélation entre la volonté d'embauche de recruteurs (Y) en fonction de l'attractivité des candidats (X) en fonction de leur sexe: hommes (graphique A), femmes (graphique B), et tout sexe confondu (graphique C). Chaque point représente la score moyen donné à un candidat par 298 recruteurs sur une base de 809 candidats. [1]
En effet, nous vivons dans une société qui admire les personnes qui font preuve de discipline, maîtrise de soi, et autocontrôle suffisants pour ne pas tomber sous la tentation de leur « propres désirs ». Ce principe moral n’est pas nouveau, mais plutôt une sécularisation d’anciens principes religieux bien connus: la gourmandise est bien considérée comme un des sept péchés capitaux par la religion catholique. La religion judéo-chrétienne et la philosophie de Platon ont longtemps entretenu cette idée du corps comme instrument de péché.
Ce principe associant corps, gourmandise et péché ne nous a jamais quitté. Nous sommes en effet nombreux à percevoir aujourd’hui « fitness et régime » comme preuve indéniable de discipline et maîtrise de soi – la capacité même d’aller au-delà de ses propres limites. L'alimentation saine, naturelle, voir même « détox » (« clean eating »), qui consiste à ne consommer que des aliments biologiquement naturels et purs, a connu un véritable essor au cours des deux dernières décennies. Bien qu’il soit très important de mettre l'accent sur la santé, certains choix alimentaires peuvent toutefois devenir de véritables contraintes. Poussées à l’extrême, ces règles alimentaires deviennent tellement strictes et rigides qu’elles finissent par prendre le dessus sur notre propre volonté et autonomie, maîtrisant à leur tour notre vie, nous isolant alors même qu’on commence à éviter des événements sociaux où les aliments considérés « sains » ne sont pas disponibles. Lorsqu'un régime alimentaire devient si restrictif, obsessif et même addictif qu’il finit par affecter notre santé et liens sociaux, il peut alors se transformer en un trouble du comportement alimentaire.
Cette « admiration » est perceptible quotidiennement. Nous sommes bien prompts à juger les autres en fonction de leurs activités physiques et habitudes alimentaires : "Oh, tu manges tellement sain ! J'admire ta volonté et ta capacité d’auto-restriction », « Oh, tu es tellement « fit » ! Tu dois être une personne bien sérieuse et disciplinée… ». Ce que nous observons en surface influence nos jugements sur la personne, son mode de vie et même son éthique. En bref, ce qu’elle « vaut"...si bien sur le « marché du travail » que sur le « marché social ».
Cette "valeur" se traduit également en termes économiques. Selon une étude de The Economist sur L'économie de la Minceur, « Les femmes en surpoids ou obèses sont moins bien payées [...] La prime salariale pour l'obtention d'une maîtrise est d'environ 18 %, soit seulement 1,8 fois la prime qu'une femme pourrait, en théorie, gagner en perdant environ 30 kg". Le "code corporel » semble ainsi avoir remplacé le « code vestimentaire » au sein des milieux professionnels.
Mais cette recherche de la perfection peut coûter cher. Alors même que nous investissons de plus en plus notre énergie, temps et argent à suivre des régimes minceur et des entrainements musclés, nous risquons de nous éloigner, « déconnecter » de notre corps, instincts et sens. Afin d’obtenir le succès et reconnaissance escomptés, « d’exister socialement », nous cessons d'exister. Pour certains d'entre nous, notre corps commence à rétrécir, puis à disparaître lentement. Jusqu'à ce que nous nous effondrions.
Le bilan personnel est énorme, mais les coûts sociaux et économiques le sont tout autant (voir le rapport de STRIPED et Deloitte pour plus de données). Aux Etats-Unis, berceau du « self-made man » où performance et apparence sont synonymes de succès, terre de naissance du « Atkins Diet », « Jane Fonda’s Workout series » ou encore de la fameuse entreprise WeightWatchers, plus de 28 millions d’individus souffrent de troubles de l'alimentation – parmi lesquels 6,6 millions sont des hommes. Aux Etats-Unis seulement, le coût financier dû à la discrimination physique s’élève à $284 milliards, tandis que les troubles alimentaires coûtent à la société et économie américaine plus de $390 milliards, dont environ $65 milliards estimés purement économique (système de santé, productivité, etc.) et $ 326 milliards en termes de bien-être social (mortalité, morbidité, « DALY » - indice qui exprime l'impact d'une maladie en années de vie perdues).
"Requiem for Perfection", Bahia El Oddi
Corps: Regard étranger et Identité
La prise de conscience de l'importance de notre corps, non seulement en tant qu'objet de performance mais aussi en tant que réceptacle de jugements - positifs, négatifs ou neutres - intervient bien plus tôt que la plupart d'entre nous ne le soupçonneraient.
Nous passons en effet les premiers mois de notre vie à rencontrer notre corps, à l'explorer et à le pousser à ses limites. Lentement, nous comprenons qu'à travers lui, nous pouvons ressentir de la douleur, du soulagement, de la peur et du plaisir. A l’âge de deux ans, nous avons souvent déjà conscience de notre corps. Nous nous regardons dans le miroir.
De nos jours, cette prise de conscience corporelle semble être plus précoce que jamais : nos enfants sont en effet objets de selfie et vidéos instantanément postés sur Instagram ou TikTok, exposés à un carrousel de corps dès qu’ils recevront leur premier téléphone. Selon le journal de Stanford Medecine, 75 % des enfants ont un smartphone à l'âge de 12 ans, et presque tous à l'âge de 15 ans.
Nous adorons voir nos enfants prendre la pose dès qu'ils se rendent compte qu'ils sont photographiés. Ils voient immédiatement leur image - une joie ou une terreur refusée aux générations précédentes qui devaient parfois attendre des semaines pour obtenir les tirages - à moins qu'ils n'aient apprécié le frisson et l'émerveillement d'un polaroïd.
Nos corps semblent donc, dès le plus jeune âge, être à la fois objets de compétition et perfection, cartes de pokers joués dans l’espoir d’atteindre notre "score parfait".
Maximiser notre "score parfait”
Que se passe-t-il lorsque le sprint final vers ce tant désiré « score parfait » finit en enfer ?
À l'école ou à l'université, la plupart d'entre nous ont joué le jeu de la perfection académique, passant leurs journées à la bibliothèque pour obtenir des « notes parfaites » - les meilleures notes, toujours vis-à-vis des autres. Des années plus tard, nous nous retrouvons à tirer nos dés pour gagner un jeu très similaire. Cette fois-ci, notre score est basé sur notre salaire, notre hiérarchie, notre promotion professionnelle.
En parallèle, nous tirons aussi nos dés pour obtenir ce "corps parfait", cette apparence qui attirera recruteurs et partenaire de vie, alors même que nous sacrifions des points de vie en essayant de maximiser nos heures d’entraînement et d’optimiser notre apport calorique.
Le problème se pose lorsque cette course à la perfection, à la recherche d’un succès et/ou d'une reconnaissance qui, en dernier lieu, ne dépendent que du regard d’autrui (c’est-à-dire, de notre « paraitre » versus « être ») semble ne jamais finir. On ne gagne jamais, mais on peut tout perdre. On semble en effet indéfiniment attrapés dans un jeu au sein duquel, malgré nos efforts et sacrifices, notre score est toujours perdant vis-à-vis d'autres concurrents plus performants. Comment prétendre gagner un jeu dont le but même est d'atteindre un idéal fruit d'un construit social?
Du "Faire Parfait" à l'Être Parfait"
Mais qu'entend-on par "perfection" ? Revenons à l’origine de ce concept :
Définition: "Etat d'excellence ou d’accomplissement total, où rien ne peut être ajouté ou amélioré."
Étymologie: Le mot perfection vient du latin perfèctus, de perficĕre, qui signifie réaliser ou accomplir. Alors que la préposition per renvoie à la notion d'accomplissement, le verbe fèctus, qui vient de fàcere, fait référence à l'exécution d'une tâche particulière.
Ainsi, à l'origine, le mot "parfait" était associé à une œuvre réalisée entièrement, la finition d’une tâche concrète qui ne peut être améliorée.
Au fur et à mesure que ce concept de "perfection" s’éloigne de son origine fonctionnelle pour devenir de plus en plus abstrait et aspirationnel, il cesse de se limiter à l’œuvre finie ("ce que nous faisons") pour s'étendre à notre identité, capacité et valeur personnelles ("ce que nous sommes"). Suivre un entraînement intensif et un régime alimentaire strict « à la perfection », « sans fautes », est preuve de notre discipline, volonté personnelle et capacité de dépasser ses limites.
Au fur et à mesure que le concept de « perfection » devient synonyme de « sacrifice », la discipline, l’ascétisme , et le contrôle de soi sont perçus comme étant des vertus personnelles et idéaux moraux à suivre, idéaux qui se sont progressivement répandus et enracinés dans notre société.
Plus que jamais, la perfection se retrouve donc associée à un niveau d'excellence personnelle, tant en termes de performances que de qualités, un état de maîtrise et dépassement de soi qui exige très souvent un sacrifice personnel. La "perfection" est aussi définit par rapport aux autres, notre niveau d’excellence étant mesuré par des indicateurs sociaux que l’on doit dépasser et qui doit toujours être « supérieur » aux autres, devenant ainsi un jugement de valeur.
En tant que mesure de notre valeur sociale et professionnelle, la perfection a un coût élevé. Ce qu’on nomme « perfectionnisme socialement prescrit » est souvent source de grande anxiété, auto-boycott, dépression, troubles mentaux, et parfois même signal d’une marche au suicide. En effet, l'anxiété de performance et la peur de ne pas être parfait peuvent entraîner bien souvent une détresse émotionnelle intense. Alors que des études ont montré que plus de 70 % des jeunes décédés par suicide avaient l'habitude de créer des attentes "excessivement élevées" à leur propre égard.
La Tentation du Contrôle
L'expansion de notre vie numérique nous a rendus plus conscients de notre corps et de notre image au fur et à mesure que nous construisons notre image et identité virtuelle. La pandémie du Covid 19 a alimenté une hausse spectaculaire de la chirurgie esthétique, en particulier parmi les femmes de moins de 45 ans. Certains chirurgiens ont déclaré avoir doublé leur chiffre d'affaires. Dans un monde s’échappant à notre volonté et contrôle, bon nombre d’entre nous ont préféré miser sur des actifs qui semblaient être plus à la portée : notre corps et alimentation.
Ce phénomène n'a pas été sans conséquences : parmi tous les troubles du comportement, les troubles alimentaires ont connu la croissance la plus rapide, suivant de près les troubles liés à l’anxiété (41 % contre 45 % pour la période 2019-2023).
Les troubles semblent également se prononcer de plus en plus tôt. Un rapport publié en 2022 par The Journal of the American Medical Association (JAMA) portant sur les données de 12 000 enfants indique que 5 % d'entre eux - filles et garçons - se livrent à des crises de boulimie hyperphagique dès l’âge de 9 ans.
Si beaucoup attribuent les troubles alimentaires et la dysmorphie corporelle aux attentes culturelles et aux idéaux irréalistes concernant le poids et la taille, ils peuvent également être déclenchés par une anxiété excessive, dépression profonde, ou événements traumatiques.
Plus récemment, des chercheurs ont découvert que les médias sociaux pouvaient avoir un impact significatif sur la perception du corps alors même qu’ils alimentent une comparaison constante, souvent donnant l’impression que nous ne sommes jamais « á la hauteur ». Selon une enquête du New York Times, un jeune de 13 ans peut facilement sombrer dans des contenus liés aux troubles de l'alimentation et à l'automutilation dans les 30 minutes qui suivent son inscription sur TikTok. Bien que les troubles de l'alimentation surviennent souvent à l'adolescence, leurs conséquences s'arrêtent rarement là.
Contrairement aux idées reçues, les troubles du comportement alimentaire et la dysmorphie corporelle ne sont pas l'apanage d’adolescentes capricieusement soucieuses de leur corps. Ils touchent souvent les personnes présentant les traits caractéristiques d’un perfectionnisme socialement prescrit. En effet, selon des recherches, les femmes qui cherchent à prouver leur valeur personnelle à travers de leur performance, ont tendance à satisfaire leur besoin de perfection et à compenser les émotions négatives liées au stress et à l'échec par les sentiments positifs qu'elles éprouvent en contrôlant leur alimentation et leurs corps.
Mais les femmes ne sont pas les seules affectées par ce besoin de contrôle corporelle et alimentaire: environ une personne sur trois souffrant de troubles de l'alimentation est un homme (y compris l'hyperphagie, la purge, l'abus de laxatifs ou l'exercice et le jeûne pour perdre du poids).
Notre alimentation et notre corps semblent en effet être des cibles si faciles alors même que nous percevons perdre le contrôle de notre vie dans un monde de plus en plus incertain. Au fond, ce sont de variables quantifiables, tellement facile à mesurer : nombre de calories, grammes de graisse, hydrates de carbone, heures d’entraînement...
Il semble en effet facile de tout simplement restreindre notre liste d’aliments et d’exercer notre corps afin de modeler notre image corporelle et apparence en fonction du regard d’autrui – manipulation bien plus difficile lorsqu’il s’agit de nos émotions et relations sociales.
Vers l'Équilibre
Tant que nous associerons perfectionnisme au mérite professionnel le surpassement personnel et succès idéique, dépression, anxiété, et troubles du comportement alimentaires seront de mise.
Il est peut-être temps de reconceptualiser notre notion de perfectionnisme, revenant à sa définition concrète au lieu de s’attacher à des idéaux abstraits. Confrontons donc notre réalité quotidienne, les faits : loin d’aboutir au succès personnel et professionnel, à une plus grande estime de soi ou à un épanouissement vital, notre sacrifice corporel et mental à l’autel d'une perfection idéalisée conduit le plus souvent à une dépression, épuisement, anxiété et cynisme qui peuvent finir par nuire à notre bien-être et santé.
Nos étiquettes professionnelles et corps parfaits pourraient au fond n'être que des prêts à vie fallacieux que nos prenons afin d’atteindre des "vies parfaites", des vies souvent fruits de notre imaginaire collectif - des prêts à payer en enfer ou au paradis. À long terme, loin d’être un atout, notre perfectionnisme peut devenir un handicap dont l’impact se fait sentir sur notre santé individuelle et collective, aussi bien parmi nos cercles sociaux comme professionnels.
The Naked Emperor, Edward von Lõngus, 2015
A continuation nous présentons quelques questions qui, seulement si répondues honnêtement, peuvent vous aider à voir l’image nette (ou estompée) de votre propre perfection:
Diriez-vous que vous êtes perfectionniste ? Pourquoi ?
Quels sont vos critères de perfection ? D'où viennent-ils ?
Nous avons tous payé un prix pour atteindre une certaine forme de perfection (non seulement financièrement mais aussi mentalement). Mais malgré nos nombreuses déceptions, il semble que nous soyons toujours prêts à le refaire. Comment s'assurer que cela en vaut la peine ?
Recevez-vous ou faites-vous souvent des commentaires sur votre apparence et celle des personnes qui vous entourent ? Pourquoi le faites-vous ? Comment vous sentez-vous ? Quel impact vos paroles peuvent-elles avoir sur les autres - et sur vous-même?
Est-ce que votre entrainement physique et régime alimentaire prennent-ils le dessus sur votre vie ou exigent-il un sacrifice personnel ou familial ? Combien d’heures y dédiez-vous physiquement et mentalement ? Est-ce que vos compromis (voir même sacrifices) valent toujours la peine ?
Percevez-vous votre corps comme une "carte de poker" nécessaire à mettre en jeu afin d’obtenir le succès personnel et professionnel escompté ?
Par la suite, nous vous présentons quelques recommandations et conseils afin de rester dans l’excellence tout en évitant de tomber dans le cercle vicieux du « perfectionnisme destructeur », aussi bien au sein de votre lieu de travail comme au sein de votre milieu et secteur professionnel.
Dans votre lieu de travail
« Progression » versus « Perfection »: Au lieu de chercher à atteindre la perfection, concentrez-vous sur le progrès. Célébrez les progrès de votre équipe dans la réalisation de ses objectifs, cherchez à les « améliorer » versus les « perfectionner » afin d’atteindre des objectifs concrets, réalisables et satisfaisants.
Adoptez un état d'esprit "good enough" : Le marché de l’emploi actuel récompense notre capacité d’être flexible et multitâches, ce qui implique souvent de parvenir être "assez bon" afin de finaliser l’ensemble de nos projets (ce qui, malgré les apparences, n’est pas facile !). L’essentiel est de continuer à apprendre ce qui peut être amélioré afin que la prochaine itération se rapproche d’un état de réalisation souhaité et concret (versus parfait et abstrait).
Confrontez-vous à vous même : Examinez en toute franchise vos propres standards et attentes "perfectionnistes" et la manière dont elles peuvent affecter ceux qui vous entourent : utilisez-vous votre image corporelle afin de plaire, vous distinguer, ou même d’obtenir des avantages dans votre carrière ? Est-ce que les apparences affectent votre jugement et comportement vis à vis de vos collègues au travail?
Veillez-vous à ce qu’une "culture de la diète" (« Diet Culture ») ne contamine pas votre "culture d'entreprise" et le bien-être de vos employés ? "Attention aux féculents, c’est des carbs en plus sur les hanches !". Évitez de faire des commentaires vis-à-vis des aliments ou physiques des autres - vous risquez d'offenser, voire même d’isoler (involontairement) certaines personnes pour lesquelles ce sujet est délicat.
Soyez un « rol model » proactif : Osez-vous vous adresser et corriger directement les comportements les plus répréhensibles et discriminatoires au sein de votre milieu de travail ? Êtes-vous présent lorsque vos collègues jugent ou font des commentaires dédaigneux et moqueurs vis-à-vis des autres au travail en fonction de leur apparence physique ou régime alimentaire ? Dans ce cas, intervenez directement, en essayant de comprendre le motif de l’attitude dédaigneuse de la part de vos collègues, parlez franchement. Ensuite, dirigez-vous à la personne concernée. Vous pouvez aborder la personne en douceur pour lui dédiez un instant d’écoute, la mettre à l’aise afin qu’elle puisse exprimer son mal-être avant que celui-ci ne dérive en troubles de santé mentale plus considérable. Vous pouvez ainsi contribuer à ce que ni l'intimidation ni la discrimination basée sur l’apparence ne soit tolérée et à promouvoir l'acceptation de tous les corps au sein de votre milieu de travail.
Dans votre milieu et secteur professionnel :
Soyez pionner dans votre secteur et établissez de nouvelles normes pour l'industrie : Inspirez-vous d’exemples telles que American Eagle/Aerie, qui ont été parmi les premières marques de lingerie à promouvoir la beauté et l’appréciation de tout type de corps. En 2020, American Eagle a lancé sa campagne #AerieREAL Positivity, célébrant l’authenticité et la diversité des beautés corporelles. La marque vise à responsabiliser les nouvelles générations en encourageant les enfants et les adolescents à s’aimer et à aimer les autres pour leur « être » et non « paraître ».
Partenaire du changement: Vous pouvez aussi construire une coalition de partenaires stratégiques. Un exemple inspirateur est celui de la Fondation Michael Phelps, qui, suite aux problèmes d’addiction dont a souffert son propre fondateur, Michael Phelps, vise à soutenir la santé mentale des enfants en offrant aux familles des outils et des ressources pour surmonter les peurs, renforcer la confiance en soi et obtenir un bien-être général grâce à la natation.
Soutenez votre communauté: La Fondation Zurich s'est engagée à rompre les stigmates liés à la santé mentale à travers de multiples campagnes de sensibilisation et la distribution d'outils et de ressources afin de soutenir les jeunes souffrant de problèmes de santé mentale au sein des milieux les plus défavorisés.
Soyez un modèle pour les autres: Si c’est le cas, osez partager votre histoire personnelle vis-à-vis de votre image corporelle ou troubles du comportement si jamais. Le partage de votre expérience contribuera non seulement à briser un tabou, mais aussi à aider d'autres personnes à s'ouvrir, à se sentir comprises et à ne pas être seules face à ce qui peut être parfois un abîme.
Références:
[1] Offer Moshe Shapir and Zeev Shtudiner, “Beauty is in the eye of the employer: Labor market discrimination of accountants”, Front. Psychol., 29 July 2022, Sec. Cognition, Volume 13 - 2022 | https://doi.org/10.3389/fpsyg.2022.928451