Qu’est-ce l’Anorexie?
Quand les gens pensent à l’anorexie, ils s’imaginent souvent un squelette qui ne mange jamais. C’est pourtant une vision extrêmement stéréotypée et fausse qui banalise la complexité et sévérité de cette maladie mentale.
L’anorexie est la maladie psychiatrique avec le plus haut taux de mortalité (5% à 20% de personnes meurent prématurément dû à cette maladie). Malheureusement, c’est une problématique mécomprise dans notre société, car les troubles alimentaires demeurent un sujet tabou, trop souvent sujets de préjugés et fausses croyances.
D’abord, il faut définir ce qu’est l’anorexie. Contrairement à ce que certaines personnes peuvent penser, c’est une maladie mentale qui n’est certainement pas un choix, et certainement pas un caprice de jeune adolescente. Elle concerne en effet hommes, femmes, personnes âgées, professionnels et hommes d’affaires...l’anorexie ne discrimine pas, peu importe le genre, l’âge, le statut socio-économique, la nationalité, etc.
L’anorexie se définit par une peur intense de prendre du poids et de perdre le contrôle, une distorsion de l’image corporelle, une restriction alimentaire inquiétante et des comportements visant la perte de poids (exercice physique excessif, vomissements, etc.). La personne qui vit avec l’anorexie souffre beaucoup et vit souvent avec un grand sentiment de solitude, voir d’aliénation.
A NE PAS CONFONDRE!
“Anorexie Mentale” et “Anorexie Médicale”
L’anorexie mentale se caractérise par une privation volontaire de nourriture entraînant une importante perte de poids.
L’anorexie médicale (connue aussi comme « anorexie pédiatrique » ou « du nourrisson ») est un trouble restrictif liée à une perte d’appétit involontaire faisant suite à une maladie, à un manque d'intérêt pour l'alimentation, une sensibilité sensorielle (fortes réactions au goût, odeur, ou texture des aliments) et/ou une peur des conséquences aversives (étouffement, vomissement).
Quelles sont les causes ?
Les causes exactes liées à l’apparition de l’anorexie mentale sont complexes. Les chercheurs mettent en avant des causes génétiques, neurologiques, psychologiques, et familiales.
Cause génétique : Bien qu’il n’existe aucun gène spécifique déterminant l’anorexie, de nombreuses recherches ont démontré que les individus avec des antécédents d’anorexie dans la famille sont plus à risque d’en être atteints.
Cause neurobiologique : Les résultats des recherches montrent un dysfonctionnement dans la sérotonine qui est impliquée dans la régulation de l’appétit (sensation de faim, de satiété, de rassasiement).
Cause psychologique : On observe souvent que les personnes anorexiques ont un grand besoin de perfectionnisme, une faible estime personnelle, et une grande hypersensibilité. Les personnes atteintes d’un trouble de la personnalité sont en général plus à risque de développer la maladie.
Cause familiale : L'anorexie mentale peut être influencée par divers facteurs familiaux, sans qu'une seule cause ne soit responsable. Parmi ces facteurs figurent la pression familiale sur l'apparence, des dynamiques familiales dysfonctionnelles, des attentes élevées des parents, des antécédents de troubles alimentaires, et des traumatismes comme des abus ou des décès de personnes proches.
Quels sont les facteurs de risque ?
L’anorexie démarre fréquemment au cours de la puberté, période à laquelle l’image du corps commence à prendre un rôle de plus en plus important dans l’identité de la personne. L'apparition de l'anorexie a souvent comme point de départ un régime restrictif effectué volontairement pour perdre quelques kilos (la personne juge alors qu’elle a un léger “embonpoint” à perdre). Suite à la satisfaction ressentie liée à une perte de poids et un sentiment de contrôle, le régime ne s’arrête plus et l’obsession de la minceur commence.
On retrouve souvent une peur de grandir, d’avoir un corps de femme, et une envie de rester enfant dans le cocon familial. Par le rejet de sa féminité, la personne atteinte d’anorexie rejette aussi sa sexualité.
L’apparition tardive de cette maladie est souvent liée à un évènement douloureux ou traumatisme, comme un deuil, mariage, accouchement, séparation, licenciement, viol… qui peuvent être des facteurs déclenchant dans le développement de ce trouble.
La maladie peut aussi se développer dans le cadre d’activités nécessitant un contrôle du poids comme le mannequinat, la danse classique, la gymnastique, la natation synchronisée...
Quels sont les symptômes ?
L’anorexie mentale est un trouble complexe qui peut avoir des conséquences sévères. Le fait de faire attention aux premiers signaux de l’anorexie peut s’avérer crucial pour garantir que la personne à risque reçoive l’aide dont elle a besoin dans les plus brefs délais. A noter que l'anorexie n'est pas synonyme de maigreur. On peut souffrir de ce trouble du comportement alimentaire tout en ayant un poids considéré “normal”. Selon une recherche publiée par The Society of Adolescent Health and Medicine, plus d’un tiers d’individus souffrant d'anorexie sont à leur poids normal ou même au dessus. Il est donc important d’être alertes à d’autres signes physiques, psychiques et comportementaux afin d'identifier la maladie.
Signes comportementaux
Restriction volontaire de l’apport calorique et de certains aliments considérés comme particulièrement « interdits », « dangereux », voir « tabous ».
Activité physique intense et prolongée visant à brûler autant de calories que possible.
Prise de laxatifs, de coupe-faim, de diurétiques.
Vomissements provoqués, surtout après les repas.
Couper les aliments en petits morceaux pour mieux les cacher ou dissimuler la restriction alimentaire.
Consommation d'eau en grande quantité (potomanie).
Isolement social, surtout lors de repas communs.
Refus de voir la famille et amis afin d’éviter des commentaires considérés « inappropriés ».
Signes psychiques :
Perception déformée de la taille et de la forme de son propre corps, indépendamment des preuves objectives et, dans certains cas, de la dysmorphophobie (Pensée obsédante sur un défaut imaginaire ou une légère imperfection de l’apparence physique (American Psycological Association, 2000).
Des préoccupations excessives autour du poids et de l'alimentation.
Une recherche permanente de contrôle et de perfectionnisme.
Dépression qui accentue la volonté de rester en solitude.
Signes physiques
Perte de poids.
Règles irrégulières ou arrêt complet des règles (aménorrhée).
Difficultés à dormir.
Fatigue.
Sensation de vertige
Problèmes gastro-intestinaux : constipation et/ou ballonnements.
Sensation de froid ou température corporelle basse.
Croissance de poils doux et fins sur tout le corps (appelés lanugo).
Perte de cheveux.
Gonflement des pieds, des mains ou du visage (œdème).
Mauvaise circulation du sang.
Problèmes de libido.
Quelles sont les conséquences à long terme?
La sous-alimentation et les conduites purgatives employées afin de perdre du poids entraînent des complications somatiques ainsi que des répercussions psychologiques et neurologiques. Une perte de poids rapide ou sévère peut entraîner des problèmes menaçant le pronostic vital.
Conséquences cardiaques : Les carences énergétiques liées à la restriction alimentaire mènent potentiellement à un affaiblissement du muscle du cœur. La fréquence cardiaque peut alors se ralentir, ce que l’on appelle une bradycardie, et des arythmies cardiaques peuvent être observées. Une altération au niveau du rythme cardiaque peut avoir des répercussions fatales, telles qu’un arrêt cardiaque menant à une mort soudaine
Conséquences pulmonaires : Les muscles permettant la respiration peuvent également être affaiblis, réduisant la capacité des poumons à diffuser adéquatement l’oxygène. La respiration peut alors devenir difficile et la personne peut souffrir de dyspnée. Il est aussi possible de développer une bronchectasie, maladie qui se manifeste par la présence de toux avec mucus, ou encore un pneumothorax spontané.
Conséquences rénales : Les reins peuvent être altérés par les habitudes alimentaires restreignant la consommation de liquides et/ou la présence de vomissements répétés. L’anorexie mentale peut ainsi mener à une insuffisance rénale, soit une dysfonction de la capacité de filtration des reins, provoquant une obstruction au niveau de l’urètre, la présence de pue, de protéines ou de sang dans l’urine.
La perturbation de la croissance : Les carences énergétiques et l’absence de prise de poids limite la capacité du corps à se développer optimalement, retardant ou même arrêtant la croissance.
Fragilisation des os : Les os sont alors fragilisés par une densité osseuse réduite, mettant la personne plus à risque de fractures ou de souffrir d’ostéoporose. Cette conséquence peut affecter la santé à long terme de l’individu puisque les pertes osseuses au cours de l’anorexie mentale sont irréversibles.
Complications gastro-intestinales : Les restrictions alimentaires mènent à un retard de la vidange gastrique qui provoque des douleurs abdominales, brûlures d’estomac, constipations chroniques et même nausées et des vomissements malgré une quantité relativement faible d’aliments.
Complications neurocognitives : L’anorexie mentale induit une carence énergétique qui affecte les structures cérébrales. En effet, le volume de la matière blanche et de la matière grise du cerveau se voit réduites, affectant négativement la capacité de concentration, d’apprentissage et de mémoire. La flexibilité mentale peut aussi diminuer, conduisant à une plus grande difficulté d’introspection et des distorsions cognitives perturbant sa perception de son image corporelle. Les complications neurocognitives peuvent ainsi accentuer les troubles psychologiques et expliquer le déni de la maladie habituellement présent chez ces personnes.
Complications en cours de grossesse : Les carences nutritionnelles et énergétiques d’une femme enceinte souffrant d’anorexie aura des conséquences indéniables sur le bien-être de son fœtus, parmi lesquelles un accouchement prématuré, des fausses couches, des malformations physiques ou cognitives, voir même mort à la naissance.